Le guide de la ferronnerie d'art — savoir-faire, ouvrages & décoration en fer forgé
Ferronnerie Pongi
Le guide de la ferronnerie d'art
Histoire & patrimoine

La ferronnerie Art nouveau : Guimard, Nancy et l'âge d'or du métal organique

Entre 1890 et 1914, la ferronnerie connaît une révolution : le métal se courbe, bourgeonne, imite la plante et l'animal. Guimard à Paris, Majorelle à Nancy — guide pour comprendre et reconnaître ce mouvement unique dans l'histoire des arts décoratifs.

L'Art nouveau, c'est d'abord une réaction. À la fin du XIXe siècle, les arts décoratifs européens sont épuisés par le pastiche historique : on copie le gothique, le Renaissance, le baroque selon la mode du moment, sans jamais inventer. Un groupe d'architectes, de designers et d'artistes décident de repartir de zéro — et de prendre la nature comme seul modèle. La courbe vivante, la tige végétale, l'aile d'insecte, la forme de la vague : autant de sources que le métal peut reproduire avec une liberté qu'aucun autre matériau de construction ne permet.

Ce tournant radical produit certaines des pièces les plus spectaculaires de toute l'histoire de la ferronnerie. Ce guide en retrace les grandes lignes, les personnages clés et les lieux de mémoire, pour ceux qui visitent Paris et Nancy, achètent du mobilier ancien ou simplement cherchent à comprendre ce qu'ils voient.

Édicule Guimard à l'entrée d'une station de métro parisienne — structure en fonte verte aux formes végétales caractéristiques de l'Art nouveau
Édicule Guimard à l'entrée de la station Pasteur, Paris — la fonte verte aux formes végétales est devenue le symbole mondial de l'Art nouveau en ferronnerie. Photo : CC BY-SA 2.0, Wikimedia Commons.

Qu'est-ce que l'Art nouveau en ferronnerie ?

Le style Art nouveau (on dit aussi Style moderne en France, Jugendstil en Allemagne, Modernisme en Catalogne) couvre grossièrement les années 1890–1914. En ferronnerie, il se caractérise par quatre traits distinctifs :

Hector Guimard et les édicules du métro parisien

Hector Guimard (1867–1942) est l'architecte-décorateur qui a fait entrer l'Art nouveau dans le quotidien des Parisiens. Sa commande la plus célèbre — les 167 entrées de stations de métro réalisées à partir de 1900 pour la Compagnie du chemin de fer métropolitain — lui vaut une gloire internationale et le surnom de « style Métro ».

Les édicules Guimard ne sont pas en fer forgé au sens strict : ils sont en fonte coulée (fonte grise), standardisée et produite en série à partir de moules, puis assemblée en éléments préfabriqués. C'est là leur génie industriel : en utilisant la fonte, Guimard peut obtenir une complexité formelle impossible à forger à la main tout en maintenant des coûts de production raisonnables. La couleur vert-bronze est obtenue par une peinture à base d'oxyde de chrome, caractéristique de ces édicules.

Il ne reste aujourd'hui que 86 entrées de stations préservant des éléments Guimard authentiques (sur les 141 que comptait Paris à son apogée). Certaines ont été démontées et exportées : on trouve des édicules Guimard à New York (MoMA), Mexico, Chicago et Montréal. Les amoureux du style peuvent aussi visiter le Castel Béranger (16e arr.), premier chef-d'œuvre civil de Guimard, qui exhibe des ferronneries de façade et d'escalier exceptionnelles.

« Je ne cherche pas le style pour le style, mais la logique de la nature, qui est le seul maître digne d'être suivi. »
— Hector Guimard

L'École de Nancy : Majorelle, Gallé et Vallin

Nancy, capitale de la Lorraine et ville sans frontière après 1870 (l'Alsace-Moselle est annexée par l'Allemagne), devient le second foyer de l'Art nouveau français. L'École de Nancy réunit autour d'Émile Gallé (verrier, ébéniste) des artistes de toutes disciplines : Louis Majorelle (ébéniste dont les meubles à pieds forgés sont devenus emblématiques), Eugène Vallin (architecte-ébéniste), et des ferronniers dont les œuvres ornent encore les façades et les intérieurs nancéiens.

La ferronnerie nancéienne de l'Art nouveau se reconnaît à ses motifs tirés de la flore lorraine : chardons, bleuets, orchidées sauvages, mais aussi libellules, papillons et grenouilles. Les grilles d'entrée des villas de la rue Félix-Faure ou du boulevard du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny offrent quelques-uns des plus beaux exemples conservés.

Le Musée de l'École de Nancy (rue du Sergent-Blandan) abrite une collection permanente de mobilier, céramique, verre et ferronnerie qui donne la vision la plus complète du mouvement. Incontournable pour qui s'intéresse à cette période.

Caractéristiques formelles du fer forgé Art nouveau

La ligne végétale et ses variantes

La tige qui se courbe, se ramifie, porte des boutons puis des fleurs : c'est la métaphore centrale de l'Art nouveau. En fer forgé, elle se réalise par des barres de section ronde ou carrée cintrées à chaud, amincie à la forge aux extrémités pour figurer une tige qui s'effile. L'iris — avec son rhizome trapu, sa tige droite et sa fleur trilobée — est peut-être le motif le plus fréquent : Guimard lui-même en a fait usage dans les gardes-corps du Castel Béranger.

La courbe « fouet de cocher »

Caractéristique du style Guimard, la courbe dite « fouet de cocher » est une ligne qui part en douceur et s'accélère brusquement en une extrémité pointue ou recourbée — comme un fouet lancé. Elle se retrouve dans les potences des lampadaires, les encadrements de porte et les rampes d'escalier. Elle est techniquement difficile à forger car la barre doit conserver une section décroissante régulière tout en suivant une courbe qui s'accentue.

La marquise vitrée : métal et verre

La marquise en fer forgé Art nouveau est une pièce à part : elle mêle une structure métallique forgée (poteaux, arc cintré, montants) à des vitrages teintés ou ornementaux. Certaines marquises Art nouveau parisiennes — notamment dans les arrondissements aisés — constituent de véritables œuvres d'art architectural encore visibles de la rue.

Où voir de la ferronnerie Art nouveau aujourd'hui

En France, les deux villes qui concentrent le plus de ferronnerie Art nouveau préservée sont Paris et Nancy, mais d'autres communes méritent une visite :

En vidéo

Vidéo : FORGE — FER FORGÉ — FERRONNIER — chaîne « ALOE TV » (YouTube).

Pour aller plus loin : l'Art nouveau et Hector Guimard sur Wikipédia.

Choisir le bon style

Pour comparer les vocabulaires ornementaux de sept époques (Louis XV, Empire, Art nouveau, Art déco, contemporain…) et choisir le style juste pour votre façade : guide des styles de ferronnerie sur le-fer-forge.fr.

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